Le poème de la reddition du bois

Pendant plusieurs années, il a façonné le bois
Cherchant dans les veines le message, l’appel
Il a fixé le vol des oiseaux sur les socles des musées

Il a longuement discuté avec des troncs d’arbre
Qui ne voulaient pas quitter leur forêt pour le chant des sirènes de la ville
Il leur a promis l’immortalité des grands totems
Mais la négociation fut si serrée que le grand Manitou ne vint pas au vernissage

Un jour, il mit la mer à contribution pour séduire les bois de grève
Mais ceux-ci séchèrent mal, loin du varech et de l’embrun

Puis las, n’en pouvant plus de la lutte inégale du bois et du cœur
Il se planta devant la mer en colère et rédigea sur la plage
Le Poème de la Reddition du bois
Le Texte était fort beau avec des accents désespérés
C’était la reddition du sculpteur
Qui s’effaça avec la marée du soir

Un poète était né, tremblant sous la bise du nord
Englué dans la vase des mots
Cherchant le message sous les galets limoneux
L’entreprise serait longue et ardue
À se débattre dans la mer des mots
Loin du vieux quai de bois familier

Georges Beaulieu