Adresse
Quand Jacqueline m’a appelé la semaine dernière pour
me demander de prononcer une adresse à maman pour sa fête,
j’ai accepté la demande qui m’était faite comme
un honneur et un plaisir. Puis, j’ai commencé à me
demander ce que j’allais bien vous dire à cette occasion.
Un beau défi que m’a lancé là, la petite sœur
!
Pendant une semaine , j’ai cherché quel genre de discours
je pourrais bien tenir en pareilles circonstances. Puis soudain, je me
suis demandé ce que dirait à ma place un curé ou un
politicien, ou un syndicaliste ou même un environnementaliste… Avant
de poursuivre, je tiens à rappeler comme on dit dans les films «Toute
ressemblance avec des personnes connues est fortuite et involontaire».
Bon après toutes ces précautions, voilà ce que j’ai
trouvé.
Si j’étais politicien et que j’avais été dans
une autre vie échevin de Saint-Valérien, je commencerais
mon discours : « Chers concitoyens, chers électeurs, si madame Yvonne
Beaulieu vit heureuse dans son 4 ouest entourée de ses fleurs, c’est
que c’est un endroit respirable et excellent pour la santé.
Pensez donc 85 ans ! Alors ne venez plus nous embêter avec vos pétitions
anti-porcherie, sinon … je me présente à la mairie».
Si j’étais syndicaliste, je tiendrais probablement le discours
suivant :
«
Mes chers amis, au moment où on se parle, on est sûr d’avoir
la majorité au prochain vote pour élire madame Yvonne Beaulieu,
la meilleure source de travailleurs compétents du Québec.
Je propose une motion privilégiée et n’accepterai aucun
point d’ordre en vertu du règlement 453, paragraphe b du
code Morin. Un appuyeur ?
Si j’étais en ce moment sur le chemin de Saint-Jacques de
Compostelle, je m’arrêterais un moment. Je planterais mes deux
bâtons de marche dans le sol et j’aurais une belle pensée
pour ma maman à l’autre bout du monde en train de cueillir
ses palettes de fève et ses carottes. Et si à la prochaine étape,
il y avait un cybercafé, j’expédierais à Rodrigue
un petit courriel commençant par ces mots « Chère maman,
aujourd’hui j’ai marché 15 kilomètres sous le
soleil d’Espagne et j’ai pensé à vous ….»
Si j’étais libraire à St-Hubert, je trouverais le plus
beau livre sur le tissage au métier et j’enverrais ma fille
prendre un cours accéléré chez sa grand’mère
pour que le tour de main ne se perde pas dans la famille.
Si j’étais grand chasseur du nord, je vous promettrais, chère
maman, d’aller passer une grande semaine en pleine forêt pour
ramener trois perdrix, un lièvre et une épaule de chevreuil
pour que vous nous fassiez cuire un sapré bon cipâte comme
quand on était petits.
Si j’avais une meilleure mémoire, je vous raconterais l’événement
qui s’est passé un 10 juillet 1948. Ce qu’il m’en
reste à l’esprit : j’étais sur le solarium (avant
le toit actuel), assis sur le rebord de la fenêtre quand on m’a
crié : « Va au fronteau chercher ton père. Les sauvages
s’en viennent». J’ai dégringolé le solarium
au risque de me casser le cou et je suis parti les jambes à mon
cou vers le fronteau chercher papa en espérant ne pas rencontrer
les sauvages sur la montagne.
Au retour, la petite démone était arrivée avant nous.
Vous étiez bien pressée de la voir celle-là !
Comme on est dans les fleurs et les belles couleurs, que
diriez-vous d’une
belle aquarelle pleine de fleurs et de soleil. J’en connais une qui
partage avec vous, Maman, la complicité des beaux jardins, des petites
fraises et des bleuets. Mon petit doigt me dit que l’été prochain
le premier jardin de Métis à visiter sera à Pointe-au-Père.
Paraît…
Parlant de fleurs, si j’étais environnementaliste, je pourrais
dire : «Chère maman, j’ai visité à fond
tout le Bas du fleuve et la Gaspésie, tous les petits recoins et
il y en a de beaux – à commencer par le Bic. Mais quand je
veux voir des gens heureux, je monte les collines jusqu’au 4e et
dès fois jusqu’au 6e pour faire chanter ma scie mécanique.
De tout le Bas, c’est au 769 du 4 ouest que je suis le mieux. Car
il y a vous, Maman. Ça fait toute la différence.
É
videmment, je ne vous ferai pas un sermon de curé, ayant un jour
décidé que ce n’était pas ma ligne, j’ai
orienté ma vie vers l’enseignement de la littérature.
Un littéraire en pareille circonstance vous dirait
que
Planter un arbre
C’est prendre racine dans un endroit que l’on aime,
C’est rattacher la terre qu’on aime avec l’air
Qui, de Fermont jusqu’à Montréal, nous réunit
tous
Autour de la gardienne de l’arbre
: Maman.
Installer un bain d’oiseau,
C’est se donner une deuxième chance que
Maman
nous envoie longtemps ces messagers ailés
aux quatre coins du Québec.
Et pour être sûr qu’elle pourra
le faire en tout confort,
On lui a offert un banc pour attendre les messagers
et
Leur confier tous ses petits secrets.
Encore une fois et de la façon la plus simple et la plus vraie :
Bonne fête Maman !
Georges
31 août 2003
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